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« Injustice pour tous !»

                                  ou presque…

Dossier arbitrage

Notre propos n’est pas ici de faire un énième procès de l’arbitrage aussi démagogique que stérile. Si nous croyons que la répétition des erreurs graves d’arbitrage a une incidence certaine sur l’équité des compétitions, nous ne sous-estimons pas l’influence du contexte pernicieux dans lequel l’arbitrage est contraint de s’exprimer. Nul doute pour nous que le « malaise » arbitral est le fruit de ce système biaisé cultivant le mélange des genres, où présidents de clubs et dirigeants du football professionnel sont parfois les mêmes et dont les arbitres, instruments involontaires de ce pouvoir opaque, sont devenus les nouveaux otages. Otages dont il ne sera fait ici aucun procès.

Vers une hiérarchie des erreurs
Si à l’heure actuelle les erreurs d’arbitrage nous paraissent inévitables, il semble cependant qu’elles ne pourront être reconnues comme un aléa normal du football moderne que le jour où on établira une distinction claire et pertinente entre les erreurs bénignes et les erreurs les plus graves. Car si les premières sont généralement sans influence majeure sur la physionomie d’une rencontre, les secondes peuvent à elles seules fausser le score final d’un match. Or, aujourd’hui cette disparité dans la gravité des erreurs d’arbitrage est toujours ignorée au seul prétexte qu’elle n’a finalement qu’une très faible incidence à l’échelle d’une journée de championnat. S’il est vrai qu’un championnat se joue effectivement sur trente-huit journées, à l’heure des comptes le sort d’une seule d’entre elles peut pourtant s’avérer décisif quand une qualification en Coupe d’Europe ou une relégation se jouent parfois à un ou deux points près, voire au goal average.

La théorie des « erreurs qui s’équilibrent »
Notre réflexion va de fait à l’encontre de la fameuse théorie des « erreurs qui s’équilibrent sur la saison ». Cette théorie qui ne s’appuie sur aucune étude statistique pas plus qu’elle ne repose sur quelque élément scientifique maintient l’idée selon laquelle toutes les erreurs préjudiciables à chacune des équipes sont toujours compensées en cours de saison par autant d’erreurs qui lui sont à l’inverse profitables. Outre que ce raisonnement surréaliste reconnaît tacitement la généralisation endémique des erreurs d’arbitrage, il défend aussi l’idée plutôt discutable selon laquelle une injustice serait compensée par la répétition d’une injustice égale infligée à un adversaire… La décence nous interdit évidemment d’accorder une quelconque crédibilité à une théorie qui prétend réparer l’injustice en la laissant se généraliser.« Injustice pour tous » comme nouvelle devise de l’arbitrage, il fallait oser !

Trop de variables pour être égales
Loin de cette théorie ubuesque, notre réflexion nous amènerait plutôt à considérer qu’une même erreur d’arbitrage procède de tellement de variables aléatoires qu’elle ne peut matériellement pas avoir la même incidence d’un match à l’autre ou d’une équipe à l’autre. Un comparatif objectif des erreurs d’arbitrages flagrantes qui ont émaillé les récentes rencontres de championnat confirme que leurs incidences diffèrent selon l’autorité naturelle de l’arbitre, selon le moment du match où l’erreur est commise, selon le score au moment du litige, selon que l’équipe joue la tête du championnat ou lutte contre la relégation, selon que l’équipe possède ou non dans ses rangs l’un des meilleurs tireurs de coups-francs de la planète et parfois même, selon que son président siège ou non au conseil d’administration de la LFP ou dans l’une de ses commissions…

Un cumul de pouvoir qui fait planer la suspicion
Tout indique que le mal qui ronge l’arbitrage tient essentiellement de son incapacité à apporter aux clubs et aux supporters la garantie de son indépendance et de sa liberté de jugement. Malheureusement, le goût de certains présidents de clubs pour le cumul des pouvoirs n’est sans doute pas étranger au doute et à la suspicion qui planent de plus en plus sur l’équité des compétitions et de leur arbitrage. Il ne reste aujourd’hui qu’à déplorer d’avoir trop longtemps limité le débat de l’arbitrage à sa seule dimension technique, et que cet aveuglement ait fini par occulter l’origine réelle du problème. Et qu’à l’heure où l’arbitrage a plus que jamais besoin de transparence et de justice, les appétits personnels priment toujours sur l’intérêt commun.


Pour plus d’info
actufoot.com, Indépendance et arbitrage (p5 et p7)
Le Figaro.fr, L'arbitrage vu de la Coupe du Monde 2006
YahooSports.com, Les confidences d'un entraîneur de L1


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Le collectif footequitable.com
Novembre 2006